
Le stage choral de Guîtres assume, depuis plus d'une décennie, un choix que beaucoup de chefs de chœur scolaires peinent encore à défendre devant leur hiérarchie: celui de la création contemporaine. Comme le rapporte Sud Ouest, l'abbatiale — dotée d'une acoustique jugée idéale pour le chant — accueille dimanche à 17 heures le concert de clôture de cette 11e édition, organisée avec l'association Inflexions. L'entrée est libre.
Les compositrices au programme
Cette édition fait un geste éditorial marqué: mettre en lumière les compositrices d'aujourd'hui. Deux noms émergent du programme selon Sud Ouest — Katerina Gimon, née en 1993, dont l'écriture dynamique, poignante et éclectique s'est taillé une réputation sur la scène contemporaine canadienne, et Elaine Hagenberg, née en 1979, figure installée de la musique chorale américaine. Pour un chœur en milieu scolaire, aborder de telles œuvres suppose un travail spécifique: la prosodie y est souvent irrégulière, les harmonies franchissent les sentiers battus du système tonal, et les tessitures exigent une vraie rigueur dans le placement vocal. Le choix n'est pas anodin: l'association Inflexions cherche, depuis plusieurs années, à montrer le dynamisme du festival et son ancrage dans l'époque, précise Sud Ouest.
L'orgue en ouverture, un dialogue à observer
Avant le chœur, l'organiste Alain Bouvet — originaire de Basse-Normandie, admis dans la classe du Conservatoire de Caen où il obtint un premier prix à l'unanimité dès son année d'inscription — investira la tribune. Il inscrira notamment à son programme une fantaisie de Mozart conçue pour orgue mécanique, un défi considérable en interprétation manuelle. Sud Ouest rappelle que seuls Jean Guillou et Vincent Warnier s'y sont risqués à Guîtres depuis la construction de l'instrument. Le parti pris n'est pas anodin pour un chef de chœur: ce type de programme rappelle que la musique vocale ne s'écoute jamais isolément — elle dialogue avec un lieu, une acoustique, un instrument soliste. Un angle utile à transmettre aux élèves, souvent portés à n'envisager leur propre voix qu'en bloc homogène.
Prolongements pour la classe
Plusieurs voies s'ouvrent aux enseignants et chefs de chœur qui souhaiteraient prolonger l'expérience. Étudier une partition d'Hagenberg permet d'observer comment une compositrice actuelle agence les contrastes dynamiques au sein d'un effectif choral — un exercice transposable à n'importe quel arrangement pédagogique. Aborder l'écriture de Gimon confronte en revanche les jeunes chanteurs à des phrasés plus radicaux, où la ligne mélodique cesse d'être le fil conducteur. La pièce d'orgue mécanique confiée à Bouvet pose, enfin, la question du médium: que gagne-t-on, que perd-on, lorsque l'instrument n'est plus tout à fait celui pour lequel la musique a été conçue? Une interrogation que les jeunes musiciens peuvent formuler eux-mêmes, dès lors qu'on leur donne accès au contexte de la partition.