
Sous la direction de Sarah Burnell, cheffe passée par l'Ontario Youth Choir, le Seraphim ou encore le La Ceilagh Chamber Choir, ce nouvel ensemble s'inscrit dans une démarche pédagogique inclusive et bilingue, dont la réflexion engagée sur le répertoire mérite l'attention des chefs de chœur scolaires.
Une tessiture large, un écart d'âge à structurer
Réunir dans un même pupitre des enfants de 6 à 14 ans pose une question que toute direction de chœur scolaire connaît intimement: celle de la tessiture, de l'ambitus disponible et de la mue graduelle des voix. Plutôt que de fragmenter l'effectif en sous-ensembles étanches, la responsable mise sur la complémentarité des générations — les plus expérimentés encadrant les plus jeunes, leur servant de modèles de justesse et d'écoute. Les répétitions se tiendront le mardi de 18 h à 19 h au Vankleek Hill Collegiate, dans les secteurs de Prescott-Russell et Stormont-Dundas-Glengarry, et l'accueil se veut explicitement ouvert aux enfants sans aucune expérience musicale préalable ni lecture de partition. Les inscriptions, lancées dès la promotion menée au camp d'été de juillet, seraient encourageantes, bien que la structure espère encore élargir son effectif.
Le répertoire comme fenêtre culturelle
Là où le projet retient particulièrement l'attention, c'est par l'architecture du programme envisagé. Les enfants chanteront en anglais, en français, en hébreu, avec quelques incursions en latin — un parti pris d'ouverture que plusieurs chorales scolaires de l'académie partagent déjà. La cheffe souligne l'importance d'exposer les jeunes chanteurs à des esthétiques variées, du classique au jazz, de la musique folk aux arrangements populaires. Ce panorama stylistique impose un travail exigeant sur la prosodie: chaque langue porte son propre phrasé, ses accents toniques, ses appuis rythmiques, et l'arrangement choral doit en rendre compte sans aplatir les spécificités. Le concert de décembre inclura des pièces liées à Noël, à l'hiver et à Hanoukka, traduisant concrètement cette exigence de pluralité culturelle; un concert de mai viendra clore la saison.
Trois réflexes à reprendre dans nos pratiques
D'abord, desserrer les critères d'entrée: aucun test de solfège, aucun préalable auditif, simplement le désir de chanter ensemble — ce qui replace le chœur dans sa fonction première de faire-ensemble. Ensuite, considérer le bilinguisme comme matériau musical à part entière; au-delà du couple anglais-français déjà présent dans le projet ontarien, nos chorales gagneraient à investir l'occitan, le basque, le créole ou les langues d'oïl comme langues de chant, avec tout le travail de prosodie que cela suppose. Enfin, accepter qu'un chœur d'enfants se construit dans la durée: la promotion a commencé au camp d'été, les inscriptions restent ouvertes, et la patience pédagogique demeure, de l'aveu même de la cheffe, la première qualité du directeur. Autant de réflexes que nos écoles chorales gagneraient à méditer au moment de structurer leur propre rentrée.