
Née le 2 août avec quatorze chanteurs, la formation atteignait une trentaine de participants le 6 septembre. Aucune cotisation, aucune inscription, aucune structure juridique: seulement une page Facebook qui fait le lien entre les présents. Le répertoire, exclusivement composé de chansons en langue française, circule sous forme de fiches de paroles que chacun peut suivre à voix basse avant de les porter à l'unisson.
Le répertoire comme matière première
Chokri l'affirme sans détour: pas de partition au sens classique du terme, mais des paroles imprimées que les choristes lisent ou redécouvrent, et où il arrive qu'un sens inaperçu surgisse au fil des séances. Ce parti pris mérite un examen attentif. En s'appuyant sur la prosodie du français — ses montées interrogatives, ses chutes affirmatives, ses accents toniques —, le chef de chœur propose un chant qui se transmet par l'intonation naturelle et le phrasé parlé plus que par la lecture verticale d'une polyphonie notée. Pour un chœur scolaire, l'expérience invite à questionner la place de l'écrit dans la transmission: jusqu'où la partition sert-elle le chant collectif, et à quel moment devient-elle un écran entre la voix et le texte?
Loin d'être un débutant, Chokri dirige des chœurs depuis ans. Ancien professeur de musique — guitare, percussion, cuivres — en Guadeloupe où il a résidé durant trois décennies, il avait déjà créé ce type de groupe vocal lors d'un précédent passage à Tours. Arrivé en métropole il y a cinq ans, sa mutation professionnelle à Guérande cet été l'a naturellement conduit à renouveler ce geste. Son intention, exprimée simplement, est d'aller à la rencontre de l'autre et de faire vivre une équipe, de rassembler des gens autour d'un projet collectif. La métaphore qu'il retient pour nommer l'ensemble, Chœur de sel, renvoie au bitin créole — un jardin qu'on cultive progressivement. Loin de l'ornement, l'image décrit une méthode: on sème, on observe ce qui germe.
Ce qu'un chœur d'école peut y regarder
Pour l'enseignant ou le chef de chœur en milieu scolaire, trois points méritent attention. D'abord, l'absence totale de prérequis — aucune lecture musicale exigée, aucun test à l'entrée — qui n'empêche pas une progression rapide des effectifs: passer de quatorze à trente chanteurs en quelques semaines suppose une réelle capacité d'accueil vocal, et non une simple ouverture de porte. Ensuite, la temporalité courte et régulière — deux heures, un dimanche matin, en plein air — qui installe un rituel sans peser sur la vie familiale. Enfin, le choix d'un répertoire francophone commun, susceptible de servir de socle à un projet d'établissement: des chansons que chacun peut fredonner chez soi avant de les retrouver à l'unisson.
Deux points de vigilance pour qui voudrait suivre l'initiative. Le premier concerne l'absence de local: assumée tant qu'il fait beau, elle deviendra un sujet à la première intempérie. Le second touche à la structuration associative envisagée, avec une adhésion volontairement modique — un modèle à comparer avec celui des chorales affiliées à un schéma institutionnel, pour en mesurer les atouts et les limites. Les prochaines séances, chaque dimanche à la porte Bizienne, donneront les premiers éléments de réponse.